Dommages collatéraux sur les marchés

Par Olivier Gélinas, Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

La dernière semaine a amené plusieurs nouvelles sur le marché. Notamment, le taux de chômage qui atteint un niveau jamais vu ainsi que le mouvement inévitable du taux directeur de la Banque du Canada. N’oublions pas la transaction de 44 milliards d’Elon Musk qui tombe à l’eau, sans trop de surprise, de même que la panne généralisée du réseau de Rogers (TSX :RCI.B). Faisons le point sur ces éléments quelque peu décousus.

Statistiques Canada dévoila la semaine dernière le taux de chômage enregistré au Canada pour le mois de juin. Alors qu’un creux à 5.10% avait été inscrit aux livres en mai, juin nous apporte un nouveau record à 4.90%. Un recul de 43 000 emplois a été enregistré le mois dernier, un premier déclin depuis le mois de janvier. Le marché de l’emploi étant déjà serré, le Québec enregistre même une métrique encore plus basse qu’ailleurs au pays. 4.30% au Québec en juin, avec une diminution de 27 000 emplois. L’industrie du service, entre autres la restauration, l’hôtellerie et le tourisme, ayant déjà plus de difficulté à recruter risque d’avoir davantage de difficulté à pourvoir leurs postes. Le manque de main-d’œuvre ajoutera à la frustration des consommateurs à propos de la qualité et disponibilité de ces services.

Pendant ce temps, de l’autre côté du spectre de l’économie, alors que les attentes des consommateurs et des marchés face à la Banque du Canada étaient d’augmenter le taux directeur de 75 points de base, ou 0.75%, une livraison spéciale de 1,00% a pris sa place. L’inflation du mois de mai a touché les 7.70%, progression dont la BoC tente tant bien que mal de freiner. La dernière hausse de 50 points de base en juin a amené le taux directeur à 1.50%. Ce même taux est maintenant à 2.50% après l’annonce de la Banque ce mercredi. Il s’agit de la hausse la plus importante depuis 1998. Il est à rappeler que la cible d’inflation idéalement visée par la Banque est entre 1% et 3%.

La progression de l’inflation devrait en théorie ralentir avec la hausse du taux directeur, ayant beaucoup d’influence sur les marchés et dépenses des consommateurs. Certains analystes prévoient un taux directeur pouvant monter jusqu’à 4.00% d’ici la fin de l’année avant que l’inflation puisse commencer à diminuer de manière notable. D’autres se mouillent jusqu’à suggérer un taux de 6% l’an prochain. L’impact primaire auquel les consommateurs pensent lors des hausses est le coût de leur hypothèque à taux variable. De nombreux ménages ont été en mesure de se qualifier pour une propriété à prix gonflé avec un taux de base ridicule de 0.25% encore à la fin janvier. Dès mercredi, ce taux est maintenant 2.25% plus élevé, augmentant passablement les paiements d’hypothèque pour ces derniers. La hausse de taux amène également une difficulté additionnelle pour la qualification d’un ménage sur une hypothèque, réduisant leur pouvoir d’achat global et augmentant l’inventaire de propriétés sur le marché. Cette réduction se traduit par la suite sur le marché immobilier, qui voit une réduction notable du nombre d’acheteurs, ainsi que leur capacité à s’offrir une propriété, poussant par la suite les vendeurs à réduire leur prix de vente, vers un niveau qui ressemblerait aux normales de marché.

Évidemment, les répercussions ne s’arrêtent pas là. Selon un sondage mené par MNP, 60% des ménages indiquent que les hausses actuelles se font déjà sentir sur leur budget. 25% des répondants ont par ailleurs répondu qu’ils n’étaient financièrement pas préparés pour une augmentation de 1% des taux. Le surendettement au Canada devient rapidement apparent, et quoique de freiner l’inflation est une mission importante, elle semble venir avec certains dommages collatéraux.

Source: Banque du Canada, Taux directeur historique

Comme la plupart de vous devez être au courant, Rogers Communications (TSX :RCI.B) a subi une panne majeure de son réseau vendredi dernier. Quoique rares, ces pannes amènent toujours bien des tracas. La panne aurait été causée par une simple mise a jour, qui a elle seule, aurait été en mesure d’entraîner la défaillance du réseau. Cela inclut réseau cellulaire et Wi-Fi, mais également une grande partie du réseau Interac, qui fonctionne également sur ce réseau, sans oublier les lignes téléphoniques du 911 et d’innombrables entreprises. Essentiellement, une partie de l’économie canadienne s’est arrêtée suite a cette mise a jour, et cela est devenu un problème apparent pour plusieurs.

La problématique ramène encore une fois, la question de la concurrence au niveau de la télécommunication au Canada. Trois joueurs d’envergure contrôlent environ 90% du marché. C’est d’ailleurs une des inquiétudes du Bureau de la Concurrence vis-à-vis la transaction contemplée de Rogers sur Shaw Communications (TSX :SJR.B). D’ailleurs, cet évènement met en évidence les répercussions du risque de contagion, tel que discuté dans le billet de la semaine dernière. Le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a tenu un appel avec Tony Staffieri, CEO de Rogers, ainsi que les dirigeants des autres grandes chaînes de télécom ce mardi, portant sur l’importance d’améliorer la qualité et la stabilité des réseaux. Ironiquement, il s’agit du département de M. Champagne qui décidera de l’avenir de la transaction avec Shaw.

Le dernier mot revient à M. Musk. Alors qu’il annonçait ses intentions d’acquérir Twitter (NYSE :TWTR) il y a de cela quelques semaines, pour la modique somme de 44 milliards. La transaction aurait pris fin suite a l’incapacité des dirigeants actuels de démontrer que moins de 5% des comptes de la plateforme représentent des faux comptes. Cette clause venait directement des conditions de M. Musk sur la clôture de la transaction. Toutefois le refus de compléter la transaction expose Elon Musk a des poursuites judiciaires, ou, au minimum, une compensation a versé de 1 milliard de dollars. Elon Musk répliqua aux menaces de poursuites de Twitter de manière plutôt typique venant de lui, avec des memes sur Twitter

Sources :

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2022-07-10/banque-du-canada/un-taux-directeur-de-2-25-attendu-mercredi.php

https://www.ledevoir.com/economie/731505/le-taux-de-chomage-atteint-un-nouveau-creux-record-de-4-9-au-canada

https://www.bnnbloomberg.ca/rogers-outage-implications-show-need-for-competition-expert-1.1789520

https://www.cbc.ca/news/business/rogers-outage-interac-debit-restored-1.6515869

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1896808/elon-musk-achat-twitter-violaion-conditions-accord

https://financialpost.com/executive/executive-summary/posthaste-what-a-bank-of-canada-0-75-rate-hike-would-mean-for-mortgages-and-indebted-canadians

https://www.bnnbloomberg.ca/bank-of-canada-s-shock-full-point-hike-is-most-since-1998-1.1791313

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2 responses to “Dommages collatéraux sur les marchés

  1. Bonjour,

    En lisant l’article, je pensait obtenir une analyse des causes de base de la situation économique actuelle.
    Malheureusement, il en est rien.
    J’ai simplement vu l’énoncé des faits que tout le monde connaît actuellement.
    Je pense que vous devriez approfondir vos analyses afin de proposer aux lecteurs des pistes de causes
    et solutions.

    Merci

    1. Merci pour votre rétroaction constructive François. Nous nous efforçons de produire un contenu intéressant et d’actualité chaque semaine. Nous prenons bonne note de votre commentaire et allons tenter d’approfondir l’analyse dans nos prochains sujets. L’équipe de DTC

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