Un équilibre difficile à trouver pour les banques centrales

Par Olivier Gélinas, Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

Le phénomène n’est plus nouveau pour personne ces jours-ci. Les banques centrales autour du globe tentent de jongler économie, marchés financiers et attentes des ménages semaine après semaine. Cet exercice se veut d’autant plus complexe après les deux dernières années ou les liquidités coulaient à flots et l’activité corporative fleurissait. Le discours actuel, comme vous l’avez peut-être entendu, se veut pour un atterrissage « en douceur », ou soft landing de l’économie. Or, les voix d’incertitudes se veulent nombreuses à propos de cet atterrissage, puisque les hausses de taux agressives gênent les manœuvres.

Ces voix ne sont malheureusement pas que des détracteurs. Cette semaine se veut particulièrement mouvementée, alors que la Réserve Fédérale américaine annonce un changement de taux de 75 points de base, elle pourrait être accompagnée des révisions du Japon, de la Suède, de la Suisse, mais également de la Norvège et du Royaume-Uni. Bloomberg reporte aujourd’hui que plus de 90 banques centrales ont augmenté leur taux cette année, et plus de 45 d’entre elles ont grimpé leur taux de 75 points de base, en une seule annonce.

Les multiples menaces de récession pour 2023 sont d’autant plus exacerbées par ces hausses de taux disent les économistes. Les hausses de taux se veulent être un mécanisme de ralentissement de la croissance de l’économie, qui est à la base même de l’apparition de l’inflation en premier lieu.

Le rythme auquel les hausses sont annoncées laisse cependant un froid sur les marchés financiers. D’appuyer si frénétiquement sur les freins de l’économie entraînera un ralentissement brusque sur les développements et projets de nos entreprises. Les prêts deviennent plus dispendieux, les suppressions de postes plus fréquentes et les résultats financiers sous les attentes devraient être la norme pour les prochains trimestres. D’ailleurs, la Banque de Montréal (TSX :BMO) a annoncé la semaine dernière une vague de suppression de postes dans sa division marché des capitaux, suite à une baisse de 20% de leurs revenus dans ce créneau. Les spéculations demeurent vastes quant au rythme qu’entreprendront les banques centrales. La récession envisagée pourrait s’étendre jusqu’à la fin 2024, et les taux pourraient atteindre 5% d’ici là. Les faits sont que ce mécanisme de régulation de marché demande temps et souffrance sur les marchés. Souffrance souvent caractérisée de coûts monétaires, de taux de chômage élevé et de resserrements budgétaires.

Un autre phénomène observé ces derniers jours est l’inversion de la courbe de taux. Cette courbe se veut être un indicateur de marché, ou un outil afin de prendre le « pouls ». En tant économique qualifié de normal et sans choc, la courbe de taux est croissante. Défini par des taux court terme plus faibles et des taux longs termes plus élevés. La logique derrière cette courbe est qu’un investisseur peut s’attendre à obtenir un rendement plus élevé pour la détention d’une obligation de longue durée, plutôt qu’une obligation de courte durée. Acheter une obligation peut également être vu comme un prêt au gouvernement. Une plus longue échéance demande souvent une prime de rendement.

Source: USTreasuryYieldCurve.com

Toutefois, la tendance s’est inversée récemment. En analysant les courbes ci-haut, la courbe de gauche, représentant les taux en date de janvier 2018 se veut croissante entre les périodes fréquemment consultées de 1 an et 10 ans. Le taux 1 an se situant à 1.76% et le 10 ans à 2.40%. Le courbe de droite cependant illustre un portrait fort différent pour la mi-septembre 2022. Le taux 1 an est à 3.96%, niveau le plus haut depuis la récession de 2007, tandis que le 10 ans se retrouve à 3.45%. La raison derrière ce changement est la masse affluente d’investisseurs et divers acteurs du marché, cherchant un refuge contre la volatilité et les mauvaises nouvelles financières. La demande soudaine et concentrée pour les obligations longue durée font plonger ces taux et le manque de demande pour les obligations court terme fait grimper ces taux, tentant ainsi d’attirer les investisseurs.

Et en quoi cette inversion est-elle importante? Une inversion de courbe comme celle-ci est historiquement l’un des indicateurs reconnus en termes de prédiction de récession ou de changement de cycle économique. Quoiqu’elle ne soit pas parfaitement précise, il s’agit d’un signe qu’une récession est fortement dans les cartes pour un horizon de 7 à 24 mois. Une inversion a été observée en 1980, juste avant la récession de cette même année et en 2006, prédisant la récession de décembre 2007. 2019 a également vu une inversion, mais a cependant été contrecarré par la venue de la pandémie et à en quelque sorte remis le compteur à zéro.

Les actions sont donc vouées à davantage de correction selon le marché, avec des résultats sous les attentes jumelées à des coûts plus élevés. Le marché obligataire, quoique plus sécuritaire et apaisant pour l’esprit, n’arrive pas à offrir une protection adéquate contre l’inflation. Même le taux 1 an illustré plus haut, à près de 4%, laisse un écart de plus de 4% face à l’inflation de 8.3% connu aux États-Unis le mois dernier. Avec la hausse de taux ce mercredi par la Réserve Fédérale américaine, l’un des seuls véhicules d’investissement suivant la cadence sont les TIPS ou, Treasury Inflation-Protected Securities. Ces obligations permettent le principal de fluctuer selon l’inflation, calculée selon le CPI (ou Consumer Price Index), à la hausse comme à la baisse. Le taux d’intérêt de l’obligation demeure fixe durant la période de détention. Par exemple, le taux de l’obligation 5 ans protégée de l’inflation était de 1.26%, niveau le plus élevé observé depuis 2009.

Il s’agit donc d’une situation délicate à gérer pour les grandes économies mondiales. Il semble que nous nous dirigeons bien vers une récession, ou du moins, une période prolongée de ralentissement. Les investisseurs devraient se tenir à l’affût d’opportunités sur le marché, spécialement avec les résultats financiers à être annoncé prochainement.

Sources:

https://www.lesaffaires.com/secteurs/general/les-taux-americains-a-10-ans-au-plus-haut-depuis-11-ans/636078

https://www.bnnbloomberg.ca/us-10-year-yield-rises-to-3-5-for-first-time-since-2011-1.1820662

https://www.bloomberg.com/news/articles/2022-09-19/central-bank-rate-hikes-risk-global-recession-in-2023

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