Shopify vs Amazon : La diversification amène son pesant d’or

Par Olivier Gélinas, Analyste financier, contributeur pour DayTrader Canada

Si nous regardons deux ans en arrière, une bonne partie de la population aurait indiqué qu’ils utilisaient les services d’Amazon (NASDAQ :AMZN). Shopify (TSX :SHOP) quant à lui, offrait un potentiel pour les petites entreprises d’ouvrir leur propre commerce en ligne à petit prix et rapidement. Les deux titres ont performé incroyablement bien au fil de la pandémie avec les achats en ligne menant les rallyes sur les marchés boursiers à plusieurs reprises. Les résultats financiers divulgués par ces géants ont su plaire aux investisseurs en voyant leur rendement grimper en flèche. Depuis le début de 2022 cependant, les différences majeures entre ces joueurs pèsent lourd dans la balance et se sont reflétées rapidement dans le prix de l’action de Shopify.

Commençons d’abord par Amazon. Son service de commerce en ligne est bien connu par plusieurs, notamment par la croissance du magasinage en ligne et la facilité avec laquelle un consommateur peut acheter ou retourner la marchandise. Ceux qui décident de vendre sur la plateforme d’Amazon ont donc accès à de millions de clients au bout de leurs doigts. Cela donne une exposition grandiose pour tout entrepreneur. Les services proposés par Amazon incluent également la gestion d’inventaire, l’emballage et l’envoi de vos colis, ce qui se fait très souvent par le biais de leurs énormes entrepôts un peu partout au pays, et de leur service de livraison dédié.

Quelques aspects négatifs sortent toutefois de ces services. La compétition est féroce, puisque tous les vendeurs se battent simultanément pour les mêmes consommateurs cherchant les mêmes produits. Il est également difficile de sortir du lot puisque les produits sont listés aux côtés de leurs comparables.

Shopify, inversement, a le potentiel de créer son propre site de cybercommerce avec sa propre identité et image de marque. Les vendeurs se qualifiant d’un marché de niche préféreront certainement l’aspect commerce indépendant qu’offre Shopify. Toutefois, tout ce qui est de près ou de loin relié à la publicité et achalandage de clientèle se fait entièrement par le vendeur. Il semblerait d’ailleurs que les frais mensuels chargés soient plus élevés que ceux d’Amazon, selon le forfait choisi.

Quoique plusieurs mettent ces deux compagnies technologies dans le même créneau, leurs activités sont très différentes. Ces différences sont d’autant plus notables depuis 2022, alors que les marchés boursiers sont plutôt frileux. Le titre d’Amazon se maintient à environ 2.50% sous son niveau de début d’année, tandis que Shopify a perdu près de 50%, en date du 5 avril 2022. Il s’agit d’une sous-performance majeure pour une entreprise qui est couramment comparée à Amazon. Toutefois, leurs modèles d’affaires ne reposent pas entièrement sur les mêmes facteurs, un aspect important à retenir.

Source: TradingView – AMZN, SHOP, % performance since 2022

Amazon prend une approche plus holistique à son offre de service. Son service de commerces en ligne (qui inclut même le créneau d’épicerie dans certaines régions du monde) en Amérique du Nord a généré près de 280 milliards en 2021. Son segment dit international, se concentre davantage sur la vente au détail de produits et d’abonnements qui exclut l’Amérique du Nord a rapporté 128 milliards en 2021. Et le dernier grand créneau est celui d’AWS, ou Amazon Web Service. Ce segment ayant généré 62 milliards en 2021 est destiné à la vente de services informatiques, d’ordinateurs, d’entreposage de données et autres services infonuagiques.

Au global, Amazon fait davantage sentir sa présence dans le quotidien des consommateurs, et ce, par plusieurs moyens. Les appareils interconnectés d’Alexa, les technologies à propriété d’Amazon tels les Fire TV, appareils pour la domotique de maison, et biens d’autres. Il est donc normal qu’aussitôt un besoin identifié, Amazon soit un premier choix pour les consommateurs.

Quant à Shopify, ses revenus sont plutôt limités aux paiements récurrents des dirigeants de cybercommerce. Le segment d’abonnements est un générateur de revenus récurrents et inclut entre autres les frais couvrant la boutique en ligne et sa gestion, la vente de nom de domaine, et autres. 908 millions ont été générés dans ce segment en 2021. Le second segment, les solutions pour marchants, a contribué pour 2.02 milliards. Il englobe notamment les produits et services supplémentaires tels que les envois, services de financement et matériel pour point de vente physique.

Ce qu’Amazon met en lumière dans ses récents résultats est que la diversification dans leur modèle d’affaires est un atout incontournable. Alors qu’un joueur dit pure play, peut très bien réussir avec des activités concentrées dans son secteur, la diversification amène une répartition du risque bien différente. Une analogie simple est votre portefeuille d’actions. Très peu d’investisseurs (voir aucun) déploient l’entièreté de leur liquidité dans un seul titre boursier. La non-diversification pèse lourd dans la gestion de risque financière, d’autant plus qu’elle est facile à éliminer, contrairement aux opérations d’une entreprise.

Dans le rapport annuel de 2021, Shopify indique qu’une croissance plus faible est anticipée pour 2022, jumelé à une profitabilité plus faible. L’engouement initial de pandémie pour les achats et mise sur pieds de boutiques en ligne ralentie graduellement, se reflétant sur la croissance globale de l’entreprise. En incorporant les nouvelles attentes dans les modèles d’évaluation financière, cela démontre que le titre est grandement surévalué, causant, en partie, la baisse significative enregistrée depuis le début de 2022.

À titre indicatif, l’évaluation d’entreprise de Shopify est d’environ 140x son bénéfice net, comparativement à 19x pour Amazon. Il s’agit bien entendu d’une règle du pouce, cependant la différence entre les deux compagnies semble bien évidente, et à moins de voir un nouveau créneau faire son apparition dans les activités de Shopify, il devient plutôt difficile de justifier un achat à ce niveau.

Sources :

https://www.bnnbloomberg.ca/shopify-s-48-slump-proves-that-it-s-no-amazon-1.1747310

https://www.forbes.com/sites/greatspeculations/2022/03/22/shopify-shop-elsewhere-for-realistic-expectations/?sh=69bcca84238e

https://s2.q4cdn.com/299287126/files/doc_financials/2021/q4/business_and_financial_update.pdf

https://news.shopify.com/shopify-announces-fourth-quarter-and-full-year-2021-financial-results

L’auteur de ce billet déclare ne détenir aucune position dans les titres mentionnés ni avoir l’intention d’initier de positions dans les 72 prochaines heures. Cet article est une opinion et ne doit en aucun temps être considéré comme un conseil en investissement.

Le contenu de ce billet, les données financières et économiques incluant les cotes boursières ainsi que toutes analyses et interprétations de celles-ci sont fournies à titre d’information seulement et en aucun cas ne doivent être considérées comme étant une recommandation ou un conseil d’acheter, de vendre, de vendre à découvert ou poser tout autre acte envers toute valeur mobilière, tout instrument dérivé ou tout actif ou classe d’actif quelconque.

L’investissement autonome actif devrait être considéré comme une activité de nature spéculative qui peut comporter des risques importants pouvant entraîner des pertes significatives en capital. Un investisseur autonome actif se doit d’avoir une compréhension de sa tolérance au risque et de ses objectifs d’investissement avant de considérer l’investissement autonome actif comme activité.

DayTrader Canada et les membres de son équipe ainsi que les collaborateurs externes ne peuvent donner aucune garantie ni assurance que les transactions boursières effectuées par ses lecteurs ou clients seront profitables. De plus, les membres de l’équipe de DayTrader Canada, ses formateurs et les collaborateurs externes, ne donneront, en aucun cas durant des formations ou toutes autres activités, des recommandations d’achat ou de vente sur des instruments financiers en particulier.

DayTrader Canada, ses administrateurs, dirigeants, employés et mandataires ne seront aucunement responsables des dommages, pertes ou frais encourus à la suite de la mise en application des notions apprises dans ses formations et/ou de l’utilisation de ses services.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.