Les acheteurs pas encore sortis du bois!

Par Olivier Gélinas, Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

La pandémie aura amené plusieurs inusités aux marchés, sous presque toutes ses formes. Une course aux emplettes pour acheter savon, désinfectant et papier toilette, le prix des actions en chute libre, pour finalement remonter de plus belle, sans oublier la montée en flèche du prix sur le bois de charpente. Alors que ce dernier est aujourd’hui (presque) tombé dans l’oubli, la baisse récente du prix des matériaux de construction ne fait que répondre aux pressions inflationnistes, du marché immobilier toujours à la hausse, mais également, des taux d’intérêt, à la hausse.

Le prix du bois de charpente a initialement débuté sa période de popularité alors que les familles, qu’elles soient en centre-ville ou encore en condominium, décident de s’exiler plus loin de la ville. Cet exile découlant du fait que, de toute manière, il n’y avait nulle part où aller, mise à part la cuisine ou sa cour arrière au milieu de toutes les restrictions des vagues initiales.

La réalité derrière la montée soudaine des prix est que la demande pour les résidences a drastiquement augmentée sur un très court laps de temps. Comme le veut le principe de base de l’offre et la demande, si la demande augmente, le prix du bien augmentera en réponse dans un effort de faire diminuer la demande. Toutefois, dans le cas présent, la demande n’a pas réellement diminué. Le bois a donc atteint plus de 1500$/1000pi, un niveau jamais vu. À son maximum, le prix atteignait 1 607$, soit 430% au-dessus du niveau enregistré en mars 2020, au début de la pandémie. Les ménages n’ayant pas les moyens de s’offrir une nouvelle résidence se sont rabattus sur le plan B; les rénovations. Davantage de rénovations et réfections des maisonnées ont également contribué à la hausse drastique.

Source: Nasdaq – Lumber price (LBS) – 5Y

Nous avons cependant eu un répit en juin 2021. Le mois de juin a enregistré une baisse d’environ 40%, une première depuis 1978. Alors que les constructions de nouvelles résidences allaient bon train, une grande partie de la démographie partait en vacances, de par les quelques semaines sans restriction sanitaires ou de voyages enregistrés un peu partout. La demande a donc chuté, tout comme son prix. Vacances terminées et tout le monde de retour au boulot, le prix du bois de charpente a fait de même. Les prix sous la barre des 500$ ont remonté en quelques semaines à des niveaux avoisinant les 1 250$.

De retour dans le présent, les prix sont de retour à la baisse, de vraies montagnes russes. Toutefois, cette fois-ci, la baisse est différente de ce qui a été enregistré en 2021. L’inflation érode rapidement le pouvoir d’achat des ménages, atteignant près de 6% au Canada, et près de 8% aux États-Unis. Le marché immobilier est devenu encore plus difficile d’accès avec les hausses de prix enregistrées. Une augmentation moyenne de 20% d’une habitation a été notée au Canada, atteignant une moyenne de 816 000$ en mars dernier. Les taux d’intérêt, malgré leur niveau historiquement bas, ne suffisent plus à contrebalancer cette hausse. Même les banques ont leurs limites lorsqu’on parle de prêts à faible taux.

Il s’agissait entre autres d’un item très attendu sur le budget fédéral annoncé la semaine dernière. Un montant de 10.14 milliards sur les 5 prochaines années est donc prévu dans celui-ci afin d’augmenter l’offre des habitations sur le marché. Cette mesure se synchronise avec un nouveau véhicule d’épargne pour l’achat d’une première propriété, visant l’accessibilité à plus grande échelle.

Ce nouveau véhicule, affectueusement appelé CELIAPP, est, en théorie, une aide à l’épargne en vue de l’achat d’une première propriété. Ses cotisations maximales sont de 8 000$ par an, jusqu’ à un montant total cumulatif de 40 000$. À titre informatif, avec le seuil hypothétique de 20%, une mise de fonds de 40 000$ irait chercher 200 000$ en hypothèque, sans avoir recours à l’assurance de la SCHL. Les fonds doivent être utilisés moins de 15 ans suivant l’ouverture du compte et son détenteur ne doit pas avoir été propriétaire au cours de 4 années avant l’ouverture du véhicule. Le RAP (Régime d’Accession à la Propriété) ne peut être utilisé concurremment.

Alors que l’objectif visé par ce nouvel outil est l’accumulation de fonds en vue de l’achat d’une propriété, sa réception laisse perplexe quant à son apport réel. Son réel attrait est suivant l’utilisation de cet outil, où aucun remboursement n’est exigé. Il s’agit là de la plus grande différence entre le RAP et le CELIAPP. Le RAP permet le retrait jusqu’à 35 000$ de son REER, et de le rembourser sur 15 ans. Autrement, les deux véhicules permettent la déduction d’impôt et les deux se voient non-imposés lors de leur retrait.

Ce nouveau véhicule semble cependant manquer sa cible. Un ménage qui avait peu ou pas les moyens d’épargner ne se voit pas plus avantagé avec le CELIAPP. Les réels gagnants du CELIAPP sont donc ceux qui ont déjà une mise de fonds avancée de côté, qui pourra être transférée, sans impact, de leur REER vers le CELIAPP. Ceux-ci n’auront pas à se soucier des remboursements à leur REER. Ils auront toutefois perdu les cotisations faites à leur REER qui auront été changées de véhicule.

Au final, les mesures sont plutôt mitigées et les opinions mixtes quant à leur utilité. L’accessibilité réelle à la propriété vient à la fois des investissements promis par le fédéral, de même que le gel sur l’achat de propriétés venant de l’étranger à titre spéculatif. Les individus quant à eux, se voient devant le choix de cotiser à leur REER, ou le CELIAPP, où le choix sensé semblerait s’arrêter au petit nouveau sur le marché.

Sources :

https://www.npr.org/2021/06/21/1008843212/lumber-prices-are-finally-dropping-after-they-soared-during-the-pandemic

https://www.cnbc.com/2021/06/30/lumber-prices-dive-more-than-40percent-in-june-biggest-monthly-drop-on-record.html

https://www.bnnbloomberg.ca/lumber-rally-cools-with-transport-snarls-easing-buyers-balking-1.1743093

https://www.lapresse.ca/affaires/2022-03-15/le-prix-moyen-d-une-maison-au-canada-atteint-un-record-de-816-720.php

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