Le job-hopping : nouveau normal pour les jeunes générations?

Par Olivier Gélinas, Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

Avec l’économie qui se dégrade ces derniers mois, le marché de l’emploi est scruté par plusieurs joueurs. Non seulement pour des raisons de métrique économique et projections, mais surtout pour les capacités de remboursement des ménages. La situation qui s’est développée avec l’arrivée de la pandémie n’a qu’accéléré ce que plusieurs observaient déjà sur le marché : les générations plus jeunes iront aux plus offrants. Un manque criant de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs de l’économie, une cuillerée de retraite hâtive pour certains et une pincée d’employeurs lents sur le changement forment une recette parfaite pour le soi-disant “manque de loyauté” réprimandé par les générations d’expérience.

Le phénomène n’a rien de nouveau toutefois. Les plus jeunes générations, ici milléniaux et génération Z, ont toujours eu plus de facilité à quitter un emploi pour en chercher un autre qui répondait mieux à leurs besoins. Que ces besoins soient d’ordre financier, de liberté, et conciliation travail-famille ou autre, toutes les raisons étaient valides. La pandémie a cependant exacerbé cette situation. Elle a même obtenu un nom, La Grande Démission, venant de l’anglais The Great Resignation, faisant un clin d’œil historique à La Grande Dépression, soit la crise économique de 1930.

Évidemment, la situation actuelle est bien différente qu’en 1930. Deloitte a recueilli des données sur ces deux générations afin de découvrir les raisons qui les pousseraient à demeurer dans leur poste actuel. Les résultats pointent vers un meilleur équilibre vie-travail en premier rang, suivi des opportunités d’apprentissages, et de meilleurs salaires ou avantages. Nos jeunes générations ne se concentrent donc pas uniquement sur leur santé financière, laissant une bonne place à leur développement et appréciation globale de la vie.

Le changement fréquent d’emploi de ces nouvelles générations ne découle pas uniquement de ce qui est cherché, mais également de ce qui est à éviter. Comme une majorité des emplois catégorisés « seniors » dans la hiérarchie des entreprises sont toujours occupés par les générations boomers et X (Post-baby boomers), les générations Y et Z sentent le besoin de se faire remarquer pour avoir accès à un poste dès qu’il se libère. La pandémie a accéléré le changement de chaise, toutefois, au détriment de la santé mentale des travailleurs. Les taux d’épuisement professionnel ont grimpé à 59% pour les jeunes générations, se sentant forcées de rester en ligne et travailler de longues heures. Rajoutant à ce phénomène, l’isolation répétitive, la pression de prendre une charge de travail supplémentaire suivant un départ (sans augmentation salariale ou bénéfices, bien entendu) et les attentes toujours grandissantes de l’employeur envers ses employés.

Un constat plutôt déconcertant cependant est la santé financière de ces jeunes générations. Selon les répondants au sondage mené par Deloitte entre 2021 et 2022, 46% des Générations Z ont répondu qu’ils vivaient de paie en paie, alors que 47% des milléniaux en faisaient autant. 30% des répondants avouent qu’ils ne se sentent pas en confiance de pouvoir avoir une retraite confortable et financièrement stable. Un autre fait plutôt impressionnant, est que 43% des Gen Z et 33% des milléniaux ont opté pour un second emploi à temps partiel ou encore comme freelancer, offrant leurs qualifications sur des offres ponctuelles en ligne. Rien qui n’aidera la santé mentale ou physique de ces générations porteuses.

Un dernier point défiant ces générations est le coût montant de tous les biens et services ainsi que les abonnements récurrents qui sont aujourd’hui une norme dans l’industrie. Nous convenons que les abonnements Netflix ou Amazon Prime ne sont pas nécessaires. Toutefois, les alternatives peu coûteuses sont limitées. Les véhicules de même que le carburant atteignent des sommets historiques, le prix du panier d’épicerie est en constante progression, les activités diverses, même de plein air, sont également devenues proies des augmentations de prix, reflétant l’inflation notée un peu partout sur le globe. La position financière de plusieurs (et non pas juste des milléniaux et générations Z) se détériore d’un mois à l’autre, et il n’y a aucun signe de répit à l’horizon.

Vous noterez que l’achat d’une maison a été laissé à l’écart dans l’énumération précédente. Les faits parlent d’eux-mêmes. Selon Better Dwelling, le ménage doit avoir un salaire moyen de 154 000$ par an afin de pouvoir s’offrir une habitation typique. À titre de référence, cette moyenne grimpe à près de 212 000$ pour Vancouver ou Toronto. La croissance fulgurante des prix de l’immobilier a rapidement rendu difficile l’accès à la propriété pour les jeunes générations, ajoutant une raison de plus à la recherche de meilleures conditions de travail.

Il devient plus facile de voir pourquoi les jeunes générations ne se gênent pas pour changer d’emploi. Lorsque l’employeur ne répond plus à leurs critères, qu’importe soient-ils, il est temps de regarder où l’herbe serait plus verte. Malgré que le salaire ne soit pas la priorité numéro 1, à regarder la flambée des prix, qui peut réellement les blâmer de tenter d’améliorer leur situation. La classe moyenne elle-même se voit remontée d’un cran, alors que la qualité de vie demeure la même, voire diminuée.

En bout de ligne, ce que les nouvelles générations désirent est un meilleur équilibre vie-travail. Toutefois, cet équilibre passe par plusieurs niveaux avant d’atteindre la cible. On pense entre autres aux salaires devant suivre la tendance haussière des prix, aux congés attribués, aux attentes de performance balancées des employeurs et à leur intention/capacité d’embaucher de nouvelles ressources plutôt que de refiler le surplus aux employés existants. Toutefois il est important de se rappeler que les employeurs ont également des cibles de rentabilité à rencontrer, en plus d’essuyer des coûts généralement plus élevés ces derniers mois. A leur tour, ils refilent la facture aux consommateurs en augmentant les prix des biens et services. Il s’agit d’un cercle vicieux inflationniste peu commode après tout.

Sources :

https://www.cnbc.com/2022/05/18/what-gen-z-and-millennials-want-from-employers-amid-great-resignation.html

https://www.bbc.com/worklife/article/20220520-why-gen-z-workers-are-already-so-burned-out

https://www.bnnbloomberg.ca/almost-half-of-gen-z-and-millennials-living-paycheque-to-paycheque-survey-finds-1.1772457

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