Déchiffrer l’inflation, la stagflation et la récession

Par Olivier Gélinas, Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

Les derniers mois ont fait mal aux consommateurs. Que l’on regarde l’immobilier avec ses prix exorbitants, le prix du panier d’épicerie suivant la même tangente ou encore le recul du marché boursier, il y a eu beaucoup plus de nouvelles à impact négatives que l’inverse. Avec tous les grands titres projetant un recul de l’économie et une perte de rendement ou de valeur pour la plupart des investisseurs, il devient important de comprendre les grands acteurs de l’économie afin de ne pas réagir de manière excessive.

L’inflation aujourd’hui ne semble plus être inconnue pour qui que ce soit. Même un individu peu impliqué dans le marché se rend compte de son effet lorsqu’il passe à la caisse. L’inflation, qui normalement est contenue entre 1% et 3% par la Banque du Canada, se caractérise par l’augmentation des prix des biens et services dans l’économie. Le grand principe de la demande et l’offre est le fondement de l’inflation. Une demande élevée pour un certain produit fera augmenter drastiquement son prix puisque l’offre (les fabricants dudit produit) n’est pas capable de suivre cette demande. On peut penser ici au marché immobilier. Beaucoup de demandes pour une propriété, faisant augmenter son prix momentanément.

Un deuxième bloc d’importance à l’inflation est celui des coûts. Dans ce cas-ci, on peut penser aux prix de différents items comme le grain, le pétrole, les métaux précieux, où les producteurs refilent les augmentations de coûts aux acheteurs. Ces augmentations peuvent être temporaires ou permanentes, mais contribuent tout de même à l’inflation. Le troisième bloc notable appartient aux augmentations de salaire de la main-d’œuvre dans l’économie. 2020 et 2021 ont été particulièrement féroces à ce niveau.

Tous ces blocs mis ensemble forment la situation telle que nous la connaissons aujourd’hui. Une augmentation fulgurante des prix un peu partout sur pratiquement tout. Et la stagflation dans tout ça ? La stagflation est en réalité un sous-produit de l’inflation. Il s’agit d’une période de faible croissance économique (stagnation), complémentée d’une augmentation des prix (inflation). La dernière période notable de stagflation est celle de 1970 suivant un choc sur le prix du pétrole. Une autre caractéristique de la stagflation, découlant du ralentissement économique, est celle où le taux de chômage grimpe rapidement.

Le dernier point est celui qui diverge le plus de la situation actuelle. Il est vrai que la croissance économique a ralenti depuis les hauts de 2020 et 2021, toutefois le taux de chômage a atteint un niveau le plus faible enregistré, soit 5.20% en avril dernier, alors que le record était de 5.30%, enregistré le mois précédent, en mars 2022.

Source: Trading Economics – Unemployment rate in Canada

La vague de croissance époustouflante connue en 2020 immédiatement après le vent de panique amené par la covid-19 a permis à plusieurs de se lancer en bourse et transiger davantage.  Un sondage mené par Schwab montre que 15% des investisseurs du marché boursier américain ont fait leur début en 2020, âgé de moins de 45 ans avec des revenus annuels sous la moyenne historique des autres investisseurs. Des deux côtés de la frontière, plusieurs ménages se sont retrouvés avec un excès de liquidités, que ce soit par réduction de dépenses récurrentes, de chèques d’aide gouvernementaux ou autres, investir ces sommes était la suite logique.

Parallèlement à cette injection de liquidités dans le marché, les cryptomonnaies, les NFTs, et les SPACs (Special Purpose Acquisition Company) étaient en vogue. Des rendements dans les doubles chiffres étaient courants et de nouveaux millionnaires naissaient d’une semaine à l’autre. Toutefois cette situation s’est vue de courte durée et un difficile retour à la réalité s’est fait sentir par plusieurs. Le marché de la crypto a chuté de 40% en l’espace de quelques semaines, les NFTs ont perdu leur attrait « exotique » et les SPACs sont en majorité déficitaire. Pour ceux qui ont toujours des fonds à investir, le marché boursier, étant reconnu pour être moins volatile et de valeur plus sûre, demeure le véhicule de choix.

En plus de l’incertitude, le terme récession est lancé de part et d’autre. Que vous soyez en accord ou non, le National Bureau of Economic Research (NBER) a une définition claire et mesurable de lorsqu’une récession est « déclarée ». Lorsqu’un déclin significatif de l’activité économique est noté sur plusieurs mois et est visible sur le PIB réel, le revenu annuel, le marché de l’emploi et la production industrielle, une récession est techniquement mise aux livres. Auparavant, cette mesure était plus simple. Deux trimestres consécutifs de déclin au PIB réel étaient suffisants pour enregistrer une récession.

Source: Moody’s Analytics – Canada’s Real GDP

Comme le graphique ci-dessus le présente, quoique la croissance du PIB frôle le 0%, l’économie du Canada n’est pas encore en déclin. Une récession est donc plausible dans la situation actuelle, mais n’est cependant pas encore officiellement catégorisée ainsi. Inversement proportionnel au taux de chômage, un déclin important a été enregistré au deuxième trimestre de 2020, alors que le taux de chômage grimpa à près de 14%.

Les refuges réels dans le marché boursier ne sont pas chose évidente à dénicher, surtout dans un environnement inflationniste avec des taux à tendance haussière. Toutefois, il est important de comprendre que l’économie progresse en cycles. Un cycle en déclin, voire en récession, est souvent suivi par une période de rétablissement ou récupération, dans laquelle l’économie reprend de sa vigueur. Vendre ses positions dans le creux du cycle ou encore acheter alors que l’entièreté du marché est en baisse drastique (voir l’expression « Catching falling knives ») ne sont rarement des stratégies gagnantes, surtout si votre horizon de placement est de plusieurs années.

Il peut être difficile de regarder le rendement négatif de son portefeuille pendant quelques mois ou encore quelques années, toutefois les investisseurs ayant un horizon long terme ont habituellement obtenu un meilleur rendement en restant investi. Après tout, le S&P 500 a enregistré près de 158% de rendement depuis 2005 et cela inclut le crash des subprimes de 2008.

Sources :

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2022-06-03/canada/le-risque-de-stagflation-augmente.php

https://ca.finance.yahoo.com/news/morgan-stanley-lays-why-thinks-080000277.html?guce_referrer=aHR0cHM6Ly93d3cuZ29vZ2xlLmNvbS8&guce_referrer_sig=AQAAAGKyt00QxM7Uwiiz7CUUHcPZAZKMygzoiE0i2FKmQZh7F3-GzT267WTtH4nyILh3pi4NhrikjbbUgPmUx1Jj2FR-FQIPgi-Eo1cFpPxnqpI1TkCEbyj3wtK5KesuEqvw6L_ZH0gouyV_2mhVvSmK8xptF4zADSF9va5V_xX_fW0A

https://www.cnbc.com/2022/05/30/no-global-recession-yet-but-brace-for-stagflation-economists-say.html

https://www.cnn.com/2022/06/06/investing/recession-new-investors-advice/index.html

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