Billet Boursier

La frénésie des SPACs et une envolée de 845% pour Donald Trump

La frénésie des SPACs et une envolée de 845% pour Donald Trump

Par Olivier Gélinas, B.A.A., M.Sc., Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

 

La Bourse du Nasdaq a été prise d’assaut la semaine dernière par un autre phénomène découlant des SPACs (Special Purpose Acquisition Company), mais avec une saveur politique cette fois-ci. Les grandes entreprises techs ayant jugé les propos de M. Trump comme étant mensongers ou parfois fallacieux aux yeux du grand public ont suspendu lesdits comptes. Alors que l’ex-Président des États-Unis se faisait bannir des médias sociaux Twitter et Facebook, ce dernier a annoncé mercredi dernier sa volonté de créer son propre réseau social, incluant une plateforme intitulée « TRUTH Social ». Cette nouvelle société, Trump Media and Technology Group (TMTG) fusionnera avec l’entité spéciale Digital World Acquisition Group (Nasdaq : DWAC), donnant une évaluation financière de 1,7 milliard de dollars américains.

 

Quoique la situation se prête à beaucoup de jugements, faisons le point sur ce que sont réellement les SPACs et pourquoi elles ont vu une popularité fulgurante en 2020 et 2021. Une SPAC est essentiellement une compagnie qui passe en IPO (Initial Public Offering) afin de lever des capitaux. Cette compagnie est, à moment, une société coquille (ou à numéro, expression parfois mieux connue) où absolument aucune activité n’est enregistrée. L’entité a pour seul but d’exister, en vue d’acquérir une entité dans le futur, d’où son nom « Special Purpose Acquisition Company ». Aucun produit, service ou employé ne se trouve dans cette coquille vide.

 

Les capitaux levés à travers l’IPO sont conservés dans cette coquille jusqu’à l’acquisition de ladite entreprise. Ces capitaux sont typiquement levés à l’aide d’actions avec une étiquette de prix à 10$. Les investisseurs de la SPAC prennent à ce moment un risque énorme d’acheter des actions en ne sachant aucunement quelle cible sera acquise par cette coquille. L’acquisition de l’entreprise visée par le SPAC passe par un vote des actionnaires afin de conclure l’acquisition. Ceux-ci ont alors le choix d’échanger leurs actions pour les actions de la nouvelle entité fusionnée ou encore de reprendre leur investissement initial, plus intérêts.

 

Cette structure se traduit donc en une compagnie fusionnée, publique, ayant des actionnaires ainsi qu’une soudaine mission et structure de compagnie. Il s’agit d’une « autoroute » vers un affichage public sur les Bourses et bien souvent, une source potentielle de rendement parabolique pour ses investisseurs téméraires. Cette voie se veut habituellement moins dispendieuse qu’une IPO traditionnelle et se rapproche de la stratégie « Reverse Merger » ou « Reverse Takeovers », où une compagnie privée fusionne avec une compagnie publique afin de devenir elle-même publique sans avoir recours à une IPO.

 

Les SPACs ne sont pourtant pas de nouveaux véhicules d’investissements, ils sont connus des financiers depuis plusieurs années maintenant. Le problème avec ces véhicules était évidemment la capacité de lever assez de fonds afin de poursuivre avec une acquisition. Puisque les SPACs possèdent également une date limite afin de compléter leur acquisition, il était d’autant plus important de lever ces précieux capitaux. La pandémie a toutefois apporté une particularité qui ne semblait soudainement plus être un problème; la liquidité. Les entreprises et investisseurs se sont rapidement retrouvés avec un surplus de liquidités après avoir vu des dépenses coupées de force ainsi qu’une aide financière sur plusieurs niveaux.

 

 

 

Source: DWAC stock price Seeking Alpha – 2021-10-25

 

Les investisseurs ont cependant quelques réserves sur les SPACs, et avec raison. Comme mentionné précédemment, l’entreprise à acquérir demeure inconnue des investisseurs, l’historique de ces véhicules ne pointe pas toujours vers une histoire de rendements fulgurants. Dans le cas du SPAC de M. Trump, et illustré dans le graphique ci-dessus, le prix du SPAC à 9.96$ américains a grimpé jusqu’à 175$, et fini sa course le 22 octobre à 94.20$, un rendement de 845% en seulement 2 jours. Toutefois au long-terme, les rendements n’ont pas été au rendez-vous. Les SPACs entre 2015 et 2020 ont en moyenne enregistrée des rendements sous la moyenne. Ces sous-performances sont souvent liées au fait que le directeur du SPAC se doit de choisir une cible, même si elle s’avère être détrimentaire aux actionnaires.

 

Le SPAC de M. Trump a toutefois suscité l’intérêt de nombreux investisseurs. Après sa suspension indéfinie sur les réseaux sociaux, M. Trump en a eu assez de se faire censurer, un aspect qui plaît à bon nombre d’internautes. Malgré cette société risquée à caractéristique de « chèque en blanc », les petits investisseurs sur des forums tels que Reddit ont pointé ce titre comme étant le prochain titre chaud de l’heure. Le volume transigé jeudi dernier, lors de l’annonce de l’acquisition de TMTG, a frôlé les 500 millions. La folie s’est depuis dissipée, revenant à des niveaux de 64 millions de volumes, et un prix par actions reculant près de 11% ce lundi.

 

La suite des choses est difficile à prévoir. La figure publique qu’est Donald Trump amène très souvent volatilité et incertitude. Alors que même les fonds spéculatifs restent majoritairement hésitants face à cet investissement, certains en ont toutefois profité pour réaliser leur sortie. Deux fonds, Lighthouse Investment et Saba Capital Management, ont liquidé leurs positions en entier après la nouvelle de l’acquisition liée à M. Trump. Le fondateur de Saba Capital lors d’une entrevue avec Bloomberg aurait même cité que les valeurs et l’éthique de leur firme les auraient poussés à sortir de leur position. À titre d’exemple, les termes de service accompagnant les courriels de la société TMTG prévoyaient que leurs utilisateurs renoncent à leur droit de recours collectifs contre eux. Une pratique se détachant largement de ce qui est considéré comme étant « éthique ».

 

Quoi qu’il en soit, les SPACs peuvent procurer une entrée en Bourse facilitée ainsi qu’une panoplie d’avantages potentiels. Elles amènent cependant leur quota de risques, d’autant plus amplifiés lorsqu’il s’agit de personnalité publique. Même si cet investissement ravive le débat de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux dans l’actualité, il aura peut-être pu s’avérer une vraie mine d’or pour votre portefeuille, assumant un timing d’entrée et de sortie impeccable.

 

Sources : 

https://www.cnbc.com/2021/01/30/what-is-a-spac.html

https://www.cnbc.com/2021/10/25/trump-spac-dwac-drops-in-price-after-big-gains-on-social-media-news.html

https://www.lesaffaires.com/bourse/nouvelles-economiques/nasdaq-l-action-dwac-suspendue-apres-une-envolee/628292

https://www.cnbc.com/2021/10/20/trump-announces-social-media-platform-launch-plan-spac-deal.html

https://www.nbcnews.com/tech/tech-news/how-facebook-twitter-decided-take-down-trump-s-accounts-n1254317

 

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