Quand le courant ne passe pas

Par Olivier Gélinas, Analyste Financier, Contributeur pour DayTrader Canada

Le secteur des semi-conducteurs a reçu une attention particulière dernièrement, pour de bonnes raisons. La semaine dernière, la présidente de la Chambre des représentants des États-Unis, Nancy Pelosi se rendait à Taïwan. Il s’agissait d’une mission de débroussaillage pour les États-Unis, afin qu’ils puissent eux-mêmes, faire face à d’éventuels soubresauts dans leur propre chaîne d’approvisionnement, le tout, teinté de politique et d’amertume.

Quoique la visite de Mme Pelosi aura animé un nouveau conflit avec Pékin (ou plutôt, un nouveau vieux conflit), les raisons derrière ce périple demeuraient strictement d’affaires. Jeudi dernier, soit la même semaine de la visite de Mme Pélosi dans la région taïwanaise, les États-Unis adoptaient le Chips and Science Act. Cet acte prévoit notamment une allocation de 52 milliards de dollars américain aux entreprises fabriquant des puces d’ordinateurs en plus de nombreux allégements fiscaux. Ces mesures ont pour buts de revigorer le secteur et d’initier les développements technologiques sur sol américain et ainsi de limiter les ruptures de chaînes d’approvisionnement de ces composantes s’avérant plus que vitales.

L’adoption de cet acte aura rencontré une certaine résistance lors de son adoption, qui a passé à 243 pours et 187 contres. Le parti Démocrate aura voté à l’unanimité pour, tandis que le camp Républicain avait plus de réserves sur la qualité de la proposition. M. Kevin McCarthy, représentant Républicain, la qualifiait même de fondamentalement erronée et que les travaux devraient être recommencés de zéro.

La visite de Pelosi aura eu un impact indirect sur les fabricants de composantes électroniques à travers le globe. Infineon Technologies (FSE : IFX) a reculé de 2.3%, ASML Holding (EPA : ASML) retranchait près de 3% et BE Semiconductor Industries (EPA :BESI) de 4%. Plusieurs titres locaux sur la bourse de Taïwan ont également connu des reculs face à la venue de la représentante américaine.

La situation n’est pas complètement inusitée. Les problèmes d’approvisionnements de semi-conducteurs et autres composantes électroniques connus cette dernière année a démontré la dépendance des États-Unis, et le Canada, de facto, à la production asiatique. Intel Corporation (Nasdaq : INTC) a annoncé ses résultats financiers à la fin juillet et ils n’ont pas su rencontrer les attentes des analystes et investisseurs. Un bénéfice par action de 0.29$, soit 0.40$ en-deçà des attentes lors du 2e trimestre de 2022. Les résultats découlent d’un niveau de revenus 2.6 milliards plus faibles qu’initialement anticipé. Le management en place n’a cependant pas fait de cachettes aux investisseurs. La situation économique plus serrée aurait bien eu un impact sur les opérations. Toutefois, des décisions internes auraient également été à l’origine de cette sous-performance. Le titre d’Intel a répondu promptement à ce manquement. Un recul de 10% lors de la journée de vendredi dernier. Ces nouvelles n’aident pas la cause du géant américain et plusieurs analystes perçoivent déjà une perte de parts de marché face à concurrent direct.

Ce concurrent direct, est Advanced Micro Devices (Nasdaq :AMD). Malgré que ses revenus soient près de la moitié du géant Intel ce trimestre, la compagnie a su au fil des années se tailler une place de choix dans le très compétitif monde de l’électronique. Le son de cloche est cependant le même du côté d’AMD. Les revenus du 2e trimestre ont atteint 6.7 milliards, alors que les analystes prenaient plutôt une tangente de 6.8 milliards. La direction justifie le manquement par le ralentissement des dépenses des consommateurs au niveau des ordinateurs personnels. Le titre chuta de près de 5%, ne dérogeant pas des dernières tendances lors du dévoilement de résultats. Les analyses de marché conduites par Gartner (NYSE :IT) anticipent une diminution du marché des ordinateurs d’environ 13% en 2022 tandis qu’un recul d’un peu plus de 5% est attendu au niveau des puces électroniques.

L’une des inquiétudes ici, est que les compagnies du secteur restent rarement sur les lignes de côtés lorsque nous parlons d’innovations et nouveaux produits. Les bouchées doubles qui ont servies à ravitailler les inventaires et besoins immédiats, sont maintenant à risque de devenir désuet si la demande chutait drastiquement ou s’étirait sur plusieurs mois. Malgré cet horizon plutôt sombre, AMD a réitéré ses prévisions de ventes pour 2022, conservant son 60% de croissance pour son exercice financier, et que les centres de données, desservis par la compagnie, devraient combler la diminution notable au niveau des consommateurs.

Le dernier argument des États-Unis sur leur acte à saveur technologique vient de NVIDIA Corporation (Nasdaq :NVDA). Les résultats financiers du 2e trimestre ne sont pas encore présentés, que la direction averti les marchés. Les revenus préliminaires seraient 1.4 milliards sous les prévisions initiales de 8.1 milliards. Il s’agit d’une déception bien réelle cependant, et le titre a réagi avec une perte de 8% lors de l’annonce, en plus de projeter par le fait même une nouvelle vague d’incertitudes. La diminution de la période est gracieuseté d’une demande notablement plus basse pour les items reliés aux jeux vidéo. L’industrie du jeux vidéo a été sévèrement touché au niveau de la disponibilité des cartes graphiques lors des deux dernières années. La nouvelle lignée de cartes graphiques de la série 30 a rapidement pris du terrain, toutefois celles-ci arrivaient au compte-goutte dans les magasins et plateformes en ligne, cela bien sûr, si elles arrivaient bien avant d’être prise d’assaut par des revendeurs.

Un adepte de jeux vidéo devait cependant payer le gros prix pour mettre la main sur ces mythiques cartes. NVIDIA avait donc pratiquement une vente assurée, aussitôt qu’une unité était complétée. La réalité a beaucoup changé depuis et les intéressés ne peuvent plus se permettent de payer plusieurs centaines de dollars au-dessus du prix suggéré par le manufacturier. Il s’agit d’un autre signe de la pression économique présente sur le marché. Lorsque les compagnies commencent à préparer le marché pour des nouvelles négatives avant qu’elles soient officiellement divulguées, il y a clairement des questions à se poser.

Sources :

https://www.cnbc.com/2022/07/28/china-competitiveness-and-chip-bill-passes-house-goes-to-biden.html

https://financialpost.com/pmn/business-pmn/semiconductor-stocks-under-pressure-as-taiwan-tensions-mount

https://www.barrons.com/articles/intel-earnings-stock-price-51658938511

https://www.bloomberg.com/news/articles/2022-08-02/amd-gives-lackluster-forecast-after-pc-slump-hurts-sales

https://www.reuters.com/technology/nvidia-expects-second-quarter-revenue-drop-gaming-weakness-2022-08-08/

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